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Etude archéologique du verre du château du Cheylard

Dernière mise à jour : 21 avr. 2023

Le château du Cheylard (commune d'Aujac, Gard)

"sentinelle des Cévennes"




Philippe Durand, a voulu rendre hommage à Gilbert Léautier, en menant cette monographie du château du Cheylard, merveilleux château surnommé la "sentinelle des Cévennes".







Lors de travaux effectués par les propriétaires, des découvertes fortuites d'objets en verre ont été faites. Une étude archéologique du verre du site était nécessaire.


Lors de travaux effectués par les propriétaires du château d’Aujac, des découvertes fortuites d’objets en verre ont été faites. Aucune stratigraphie n’a pu être réalisée puisqu’il ne s’agit pas de fouilles archéologiques. Malgré tout, ce matériel retient notre attention par sa variété et sa qualité. De plus il nous apporte des informations sur la localisation de formes pour certaines inconnues sur le territoire français[1].

Nous avons exclu de cette étude les fragments des XIXe et XXe siècles (dont une canne de conscrit) et retenus ceux qui s’étalent des XIVe/XVe siècles au XVIIIe siècle.

Au total, 195 fragments ont été mis au jour pour lesquels une majorité appartient à de la vaisselle (verres à boire, bouteilles, fioles, gobelets (fig.1), le reste étant des perles, boutons ou verre plat (fig.2). Un seul objet est complet.

[1] Hebrard 2014, La typologie retenue est celle de Catherine Hébrard-Salivas présentée dans sa thèse soutenue en 2014. Dans cette typologie les objets sont classés en quatre groupes : groupe A, les verres à boire ; le groupe B, les coupes et les pots, le groupe C, les formes fermées et le groupe D classe les décors. Chaque groupe est ensuite subdivisé en sous-groupe numéroté de 1 à 6 selon leur mode de fabrication. Puis, les lettres de a à d permettent d’affiner cette classification. Enfin, cet ensemble est classé par siècle du XIVe siècle au XVIIe siècle, le siècle correspondant au siècle d’apparition de la forme. Par exemple, la forme XIV.A.2.b correspond à un objet qui est le plus répandu au XIVe siècle, c’est un verre à boire (A) qui est réalisé avec une tige creuse (2) et possède des côtes (b). L’objectif de cette typologie est son adaptabilité avec la découverte de nouvelles formes et sa possibilité de l’étendre aux siècles antérieurs au XIVe siècle ou postérieur au XVIIe siècle.

De nombreux verres à boire ont été mis au jour ainsi que des perles (dont deux du XIVe siècle), des boutons et du verre plat.




Pour les verres à boire de nombreuses formes ont été découvertes

Forme XVI.A1.c : verre à tige creuse avec renflement

Ce type de verre est composé d’une seule paraison et la tige qui est creuse possède un renflement plus ou moins large, certains étant des anneaux aplatis. Les pieds de ces objets qui n’ont pas été conservés ici, sont ourlés par refoulement de la paraison. Douze objets de ce type proviennent du site. Ils sont sensiblement identiques par leur forme, leur renflement qui a un diamètre compris entre 1,4 cm à 2,1 cm. Leur couleur varie de l’incolore au jaunâtre en passant par le grisâtre.

Il s’agit d’un type de verre très commun au XVIe siècle. On en retrouve sur presque tous les sites datés de cette période.


Forme XVI.A1.b : verre à pied ourlé et tige creuse

Comme pour la forme précédente, le verre est réalisé avec une seule paraison. Pour cette raison le pied est ourlé et on retrouve un renflement à l’intérieur du pied. On observe la trace de reprise du pontil à l’intérieur du pied sous forme d’une protubérance qui obstrue presque l’intérieur de la tige sur certains verres. C’est une forme de pied que l’on trouve depuis le XIVe siècle avec des objets de composition potassique. Ici, cet objet peut être daté du XVIe siècle voire du début du XVIIe siècle car il semble être de composition sodique.


Forme XVIII.A2.a : verre à pied droit et tige creuse

Huit objets sont rattachés à ce type de verre qui se caractérise par un pied droit et une tige creuse. Ils sont réalisés avec trois paraisons : une pour le pied, une pour la tige et une pour le contenant. On voit la reprise du pontil sous certains verres. Les tiges creuses des verres n°20 et n°21 ont été pincées pour former un motif de quatre lobes. Le fragment n°24 possède en décor un filet de verre décoratif sur la panse. Les contenants ont des formes différentes, conique ou en tulipe. Au vue de la forme de ces objets, on peut dire qu’ils datent de la fin du XVIIe siècle ou du XVIIIe siècle.


Verres à mufles de lion : forme XVII.A2.d

Les trois fragments de verre à mufles de lion découverts sur le site sont réalisés avec trois paraisons. Le bouton central a été soufflé dans un moule pour y imprimer des motifs. Ici, le verre n°1 montre clairement un mufle sur une face et un motif déformé qui peut être un autre mufle. On peut imaginer que le moule utilisé était usé. Ces mufles sont intercalés de motifs floraux. Pour les objets n°2 et n°3, les fragments sont de trop petite taille pour en voir les dessins. Ces boutons centraux sont reliés au contenant ou au pied par une amolisse en verre plein. Pour les objets n°2 et n°3 la base de la coupe semble sphérique. Le pied est plat en forme de disque comme on peut le voir sur le verre n°1.

Cette forme de verre est présente dans de nombreux sites européens (Espagne, Pays-Bas) et français mais très peu dans le sud de la France. Aussi ces objets découverts au château d’Aujac dans la partie septentrionale de la France les rendent intéressants.

Des analyses chimiques[1] ont été réalisées sur ces trois objets. Ils sont de composition sodique dont le fondant est à base de cendres de salicorne. Pour le n° 24 et 25, le Zr est moyen comme dans les productions du Languedoc alors que pour le n° 3 les cendres sont beaucoup plus pures. Ceci est insuffisant pour donner l’origine de la fabrication de ces objets.

[1] Tous nos remerciements à Bernard Gratuze du laboratoire Iramat/université d’Orléans, Institut de Recherche sur les archéomatériaux, centre Ernest Babelon, UMR 5060 CNRS, pour la réalisation de ces analyses.



Un objet est remarquable : fiole côtelée, découverte intercalée entre les pierres du château au premier étage.

Le deuxième type correspond à une fiole de forme complète et d’un type inédit en France. Ceci rend cette découverte exceptionnelle. Cet objet jaunâtre de forme aplatie et qui mesure 9,8 cm a été soufflé dans un moule pour imprimer des côtes sur sa paroi. Le goulot est arqué et sa lèvre arrondie par réchauffement sur la flamme. Des hypothèses ont été émises quant à son utilisation au vue de sa forme particulière : poire à fusils, fiole à parfum.

Comme aucun comparatif français n’a pu être réalisé c’est en Allemagne qu’un objet peut être rapproché de celui-ci. Il s’agit d’une fiole pour le tabac à priser découverte dans la forteresse de Bourtange et qui date du XVIIIe siècle (Henkes 1994).

Des analyses chimiques ont été réalisées sur cet objet. Celles-ci montrent que cette fiole est de composition sodique dont le fondant est à base de cendres de salicorne. Le Zr est en quantité moyenne comme les productions des ateliers du Languedoc. Aussi, le mystère reste entier : s’agit-il d’un objet provenant de l’est de la France voire d’Allemagne ou s’agit-il d’une production locale ? Comme cet objet est inédit, il n’est pas possible de répondre à cette question en l’état actuel de nos connaissances.



Conclusion

La verrerie est représentative d'un lieu d'habitat. Certains objets se démarquent de cet ensemble de part leur composition chimique ou typologie. La présence de verres à "mufle de lion" dans cet ensemble géographique est à noter ainsi que des objets inédits comme la fiole côtelée ou des boutons.

(Photos Catherine Hébrard-Salivas)

Pour lire l'article en entier, il faut se référer à la monographie réalisée sous la direction de Philippe Durand


Références : Hébrard-Salivas C., Etude des objets en verre du château du Cheylard, In. Le château du Cheylard (commune d'Aujac, Gard), "sentinelle des Cévennes" Durand P. (Dir.), Chagny, 2021



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