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Les verres mérovingiens à Oloron Sainte-Marie

Dernière mise à jour : 12 mai 2022

D'Iluro à Oloron-Sainte-Marie. Un millénaire d'histoire (Aquitania Supplément 29, Bordeaux, p.397- 402)



De 1994 à 2006, Oloron Sainte-Marie fait l’objet d’études archéologiques. Leurs résultats permettent de mieux comprendre l’histoire de la ville. Ces fouilles archéologiques ont permis de mettre au jour deux verres complets découverts dans des sarcophages situés aux abords de la cathédrale. Le premier a été découvert en juillet 2004 et le deuxième au cours de l’hiver 2004. Ces deux verres ont été restaurés au musée d’Aquitaine à Bordeaux.

Ces découvertes sont exceptionnelles car il est rare de trouver des verreries mérovingiennes complètes en Aquitaine. A ce jour, il n’a été dénombré que six objets complets.

Deux magnifiques verres mérovingiens sont archéologiquement complets. Cette étude archéologique des verres a donné lieu a une communication lors du colloque de " D'Iluro à Oloron-Sainte-Marie, un millénaire d'histoire". (Photos Catherine Hébrard-Salivas)


Un de ces verres est un verre à pied et l'autre un pot à appendices. Ils sont tous deux datés du VIe siècle. Ils sont caractérisés par une décoration de filets de verre blanc.


Le verre à pied

Le verre à pied a été soufflé dans un moule puis à la volée. C’est la raison pour laquelle ce verre possède seize côtes en faible relief tournée vers la droite. Il est fait avec une seule paraison. Il est de couleur vert olive clair. La hauteur totale du verre est de 13,5 cm. Sa forme générale est asymétrique : l’ouverture est plus évasée sur un côté et le pied est décalé par rapport à l’axe du contenant.

Le diamètre d’ouverture est de 8,3 cm. La lèvre est droite et légèrement rejetée vers l’intérieur. Elle mesure 3,5 mm d’épaisseur. Elle a été épaissie par réchauffement sur une flamme. Le verre présente de nombreuses petites bulles rondes. Deux grosses bulles (larmes) sont incluses dans la panse. Des filets de verre blanc sont enroulés sur le haut de la panse ainsi que sur le deuxième tiers inférieur de celle-ci. Les cordons du haut ne sont plus présents, mais on y trouve leur négatif. Le pied, d’un diamètre de 4 cm, est ourlé par refoulement de la paraison.



Le pot à appendices

Le pot à appendices complet est en verre soufflé mais la trace du pontil sous l’objet n’est pas visible. Le pot est translucide de couleur verdâtre/jaunâtre. On remarque de nombreuses petites bulles. La hauteur totale de l’objet est de 7,8 cm.


La lèvre est droite et légèrement épaissie par réchauffement de l’ouverture sur la flamme. Son épaisseur est de 3mm. L’ouverture du pot, de forme évasée, a un diamètre de 10,7 cm et le col cylindrique est court. La panse a une forme globulaire aplatie dans sa partie inférieure et le fond est rentrant. Le pied est constitué de 7 ergots de forme arrondie, disposés en cercle sous l’objet. Ils ont été fabriqués par étirement du verre alors que le verre était encore malléable. Leur hauteur est de 5 mm et leur largeur de 7 mm.

Le verre à pied peut être comparé aux types 41 et 43 de la classification de Feyeux. Le type 41 se caractérise par une ouverture rebrûlée et par un pied détaché du contenant. Ces verres sont de couleur verte et ils ont comme décoration des filets de verre blanc. Ce type de verre a aussi été trouvé en Belgique comme celui découvert dans la tombe 76 à Vieuville. Ces verres datent de la deuxième moitié du Ve siècle à la moitié du VIe siècle. Le type 43 correspond à des verres à pied ayant une jambe et une panse carénée. Ce type est postérieur au type 41 et daterait du milieu du VIe siècle au milieu du VIIe siècle. Le verre à pied d'Oloron ressemble à ces deux types : il a une ouverture rebrûlée et un pied qui le rapproche du type 41, d’autre part il possède une jambe courte qui le rapproche du type 43 mais il ne possède pas de panse carénée. Ces caractéristiques permettraient d’avancer l’hypothèse qu’il s’agirait d’un type 41 tardif, c'est-à-dire du milieu du VIe siècle.


Comparaisons possibles

Il est possible de comparer le deuxième verre aux pots à appendices qui ont été trouvés dans la moitié nord de la France et en Belgique. Dans l’est de la France deux pots ont été répertoriés. Il s’agit d’objets à panse globulaire aplatie et agrémentée de fils d’émail appartenant au type 91 de la classification de Feyeux. On peut le comparer a celui qui a été trouvé en 1975 dans la tombe 3b à Caulaincourt dans l’Aisne, lors de la pose d’un gazoduc. Il mesure 63 mm de hauteur. Son diamètre supérieur est de 78 mm. Le verre est transparent, légèrement verdâtre et filandreux. Il possède cinq petits pieds tirés. Le col cylindrique est court et l’épaule recouverte de fins cordons d’émail. Un décor identique se trouve sur la partie inférieure du récipient. Des arcades irrégulières relient chacun des cinq appendices[4]. Le deuxième a été découvert en 1978 à Saint-Dizier-Hoericourt « Base Aérienne 113 » en Haute Marne dans la tombe XVII qui renfermait aussi deux fibules, une boucle de fer, un anneau de bronze, un couteau et trois petits clous en bronze. Ce pot mesure 65mm de hauteur et a un diamètre supérieur de 81 mm. Le verre est translucide beige verdâtre très filandreux. Ce pot repose sur cinq pieds tirés à partir du corps. Le col cylindrique est court, asymétrique et recouvert de fins cordons d’émail. Un décor identique se trouve sur le tiers inférieur du récipient. Des arcades sont piquées à la base de chacun des cinq appendices. Ceux-ci sont disposés à intervalles irréguliers. Ces deux pots sont datés entre la fin du Ve siècle et le début du VIe siècle.

A Vicq dans les Yvelines, ce type de pot à appendices était accompagné d’une bague de bronze, de perles et d’un couteau. Il est en verre soufflé transparent de couleur jaune/vert pâle. Il a une hauteur de 58 mm et un diamètre supérieur de 82 mm. Un filet d’émail blanchâtre s’enroule sur trois spires autour du col puis, après avoir traversé la panse en diagonale, court sur environ 6 rangs qui se rassemblent au niveau des 7 pieds[7].


Ces deux objets présentent de nombreuses similitudes avec ceux qui ont été découverts dans le nord et l’est de la France ainsi qu’en Belgique. Mais, actuellement, nos recherches n’ont pas permis de situer leur lieu de fabrication. Nous pouvons les dater de la première moitié du VIe siècle. La présence de ces verres dans les sarcophages dénote l’appartenance sociale élevée des personnes inhumées.



Références : Hébrard-Salivas C., Etude de deux verres mérovingiens In, D'Iluro à Oloron-Sainte-Marie. Un millénaire d'Histoire, Barraud D. Réchin F. (Dir), Aquitania Supplément 29, Bordeaux, 2013, p. 397-402.


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Bibliographie indicative

FEYEUX J.-Y., Le verre mérovingien du quart nord-est de la France, Paris, 2003. CABART H., FEYEUX J.-Y., Verres de Champagne, le verre à l’époque mérovingienne en Champagne-Ardenne, Reims, 1995, n°113. SERVAT E., Verre et merveilles, mille ans de verre dans le nord-ouest de la Gaule, Guiry-en-Vexin, 1993, p. 99, n°337.


D'autres photos du verre à pied découvert par Luc Wozny en 2004 sont accessibles sur le site de l'INRAP : www.images-archeologie.fr

références iconothèques : 9694, 9695, 9696, 9697 (photos de Luc WOZNY)


(Photo 9696) Vue rapprochée du verre à pied "in situ" sur le fond du sarcophage










(Photo 9697) Verre à pied avant nettoyage









(photo 9694) Vue générale de la domus et des sarcophages découverts.









(photo 9695) Sarcophage après ouverture. Un verre à pied a été placé entre la paroi et la jambe droite du dernier individu déposé.

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